Ce qu’une marmotte du Ladakh sait de vos mitochondries
La super molécule qui améliore votre énergie et votre force musculaire
|
Par Thibaut Vernier – vendredi 25 septembre 2026

Chère amie, cher ami,
Tout commence en 2016, lorsqu’une équipe de chercheurs chinois est montée sur les hauts plateaux tibétains pour répondre à une question :
Au fond, qu’est-ce que le Shilajit ?
Pour en avoir le cœur net, ils ont interrogé dix-huit personnes, des villageois, des herboristes, des médecins tibétains, des marchands, et ont récolté quarante-cinq échantillons de cette résine noire [1].
Sauf qu’une fois la récolte étalée sous les néons du laboratoire, la poésie montagnarde a dû faire place à une réalité un poil plus… organique.
- D’un côté, la résine de la roche brute.
- De l’autre, des déjections de rongeurs, agglomérés avec la résine.
Si je vous raconte cela, c’est que le Shilajit contient une molécule très étudiée ces dernières années pour lutter contre l’effondrement de l’énergie cellulaire et la perte de force musculaire liées à l’âge…
Hélas, l’un des deux échantillons dont je vous parlais juste avant a de sérieuses raisons d’en contenir plus que l’autre.
Et vous allez devoir vous faire à l’idée que ce n’est pas la résine pure.
Je vous montrerai à la fin de cette enquête l’astuce pour savoir si un complément alimentaire en contient.
Mais avant, laissez-moi vous présenter le véritable alchimiste de cette histoire…
Portrait robot d’un coupable en fourrure
![]() |
Voici Marmota himalayana.
Si son nom ne vous dit rien, sachez que c’est à elle que l’on doit l’une des scènes les plus insolites de l’histoire de la pharmacopée moderne.
Dans une vaste revue publiée en 2024, le chercheur N.C. Shah s’est fendu d’une description qui m’a obligé à nettoyer mes lunettes à deux reprises quand je l’ai lue la première fois.
En effet, le chercheur y décrit ces marmottes du Ladakh se délecter de la résine noire avant d’en tapisser leurs abris sous forme de « briquettes » mêlant la roche à leurs propres déjections [2][3].
Ce qui m’interpelle, c’est que ces briquettes de déjections de marmottes, de pikas (Ochotona) ou encore d’écureuils volants ne sont pas du tout une exception tibétaine [1].
Dès 2002, Igor A. Schepetkin, un immunologiste basé à la Montana State University, expliquait déjà que derrière le mot « mumie » (un autre nom scientifique du Shilajit), se cachaient en fait deux réalités : le « mumie-asil » purement végétal, et le « mumie-kiem », un amalgame à base de déjections de rongeurs [4][3].
Du coup, comme n’importe quel consommateur doté d’un minimum d’instinct de conservation, je me suis dit qu’une résine « 100 % pure et minérale » valait forcément mieux qu’une variante passée par le transit d’une marmotte tibétaine.
Mon intuition a parlé un peu trop vite.
Votre intestin est un géologue
Pour comprendre où je veux en venir, vous devez savoir que le Shilajit est un humus.
Plus précisément, le Shilajit est une matière organique piégée dans la roche pendant des millions d’années, et que les chimistes ont mis un temps fou à décomposer.
Il faut attendre 1991 pour que Shibnath Ghosal, considéré comme le père de la recherche moderne sur le shilajit, réussit alors l’exploit d’en cartographier la structure centrale.
Au milieu des acides fulviques et humiques, il isole une famille de molécules inattendues : les DiBenzo-α-Pyrones (surnommées les DBP) [5].
Retenez bien ces trois lettres (DBP) car le jour où j’ai compris à quel genre de molécules j’avais affaire, mon regard sur le Shilajit a changé du tout au tout.
Pour que vous réalisiez l’ironie de ce qui se joue ici, nous devons faire un bond de vingt-deux ans en avant.
La super-molécule que votre intestin ne sait peut-être pas fabriquer
C’est en 2013 qu’une équipe de chercheurs fait le point sur les urolithines, des molécules complexes que votre propre intestin est censé fabriquer lorsque vous consommez certains aliments, comme la grenade, les noix ou les baies [6][7].
Et figurez‑vous que ces chercheurs mentionnent noir sur blanc le shilajit comme l’une des rares sources naturelles d’urolithines, en s’appuyant sur les travaux de Ghosal [6].
Et pour cause, les DiBenzo-α-Pyrones et les urolithines sont les mêmes molécules sous deux noms différents [8] :
- la 3‑hydroxy‑dibenzo‑α‑pyrone, c’est l’urolithine B ;
- la 3,8‑dihydroxy‑dibenzo‑α‑pyrone, c’est l’urolithine A.
Autrement dit, les DiBenzo-α-Pyrones contenus dans le Shilajit contiennent des urolithines A et B prêtes à l’emploi.
Je précise que dans la vie de tous les jours, vous n’avalez pas d’urolithines A ou B.
Vous avalez leurs précurseurs contenus dans l’écorce et les membranes intérieures de la grenade, la pellicule des noix ou noix de pécan… qui apportent des ellagitanins et de l’acide ellagique que les bactéries de votre intestin transforment ensuite en urolithines [7][6].
Le problème, c’est que tout le monde ne possède pas les bactéries capables de faire cette transformation.
Et comme il n’existe aucun test grand public à ce jour pour savoir si vous possédez ce type de bactéries, le Shilajit a l’avantage de contenir de l’urolithine A livrée « clé en main ».
(C’est au poil donc si je puis dire !)
Surtout que l’urolithine A est LA molécule anti-âge la plus convoitée du moment (et l’une des plus chères du marché si vous l’achetez synthétique)…
L’urolithine A recycle vos mitochondries (avant qu’elles ne rouillent)
Comme vous le savez peut-être, vos cellules contiennent de petites centrales énergétiques appelées mitochondries en charge de la fabrication de l’énergie.
Sauf qu’avec l’âge, ces usines s’encrassent, produisent moins d’énergie, recrachent plus de déchets, et votre organisme tarde à les envoyer au recyclage.
Ce grand ménage de printemps cellulaire s’appelle la mitophagie.
C’est le moment précis où la cellule repère une centrale défaillante, l’enveloppe et la recycle.
Vous imaginez la surprise lorsqu’en 2016, des chercheurs démontrent que l’urolithine A déclenche ce recyclage [9].
Lors des tests chez le ver Caenorhabditis elegans, la durée de vie s’allonge, et chez le rongeur, la fonction musculaire s’améliore.
C’est l’article fondateur du mécanisme de l’urolithine A.
+12 % de force musculaire
En médecine de longévité, les molécules qui fonctionnent sur des vers de terre sont légion.
Alors que celles qui apportent des preuves concrètes chez l’homme se comptent sur les doigts d’une main.
En 2019 dans la revue Nature Metabolism, une première équipe de chercheurs valide la sécurité de l’urolithine A chez l’Homme et confirme qu’elle laisse dans les cellules la signature moléculaire attendue [10].
En mai 2022, l’essai ATLAS enfonce le clou dans Cell Reports Medicine [11].
Les chercheurs réalisent des biopsies musculaires sur 88 adultes sédentaires suivis pendant quatre mois.
Ce qu’ils observent au microscope c’est que l’urolithine A relance la biogenèse mitochondriale et le recyclage des centrales usées au cœur du tissu musculaire.
Même sur le terrain, le verdict physique suit :
- +12 % de force isocinétique (la force à vitesse constante) sur les ischio-jambiers chez ceux qui reçoivent la molécule au bout de 4 mois ;
- Pendant ce temps, le groupe placebo perdait près de 10 % de force musculaire (soit un écart net de plus de 20 % entre les deux !) ;
- Sans oublier une baisse significative de la protéine C-réactive, traduisant une diminution de l’inflammation globale.
Gardons toutefois à l’esprit que l’étude a été soutenue par le laboratoire Amazentis, qui commercialise lui-même l’Urolithine A.
Mais l’extension des tests en 2024 chez des athlètes confirment ces résultats [12].
Ce que je retiens c’est qu’obtenir un gain de force mesurable et une rénovation cellulaire prouvée par biopsie chez des adultes qui ne faisaient pas d’exercice est une performance rarissime.
L’art subtil de lire des étiquettes
Revenons maintenant à notre Shilajit.
S’il est devenu l’une des stars de la santé naturelle, le marché marche encore sur la tête : quasiment personne (vendeurs compris) n’a conscience qu’il peut contenir naturellement des urolithines A et B en faibles quantités.
Je trouve cela plutôt comique quand on sait que l’urolithine A synthétique est la molécule « superstar » du moment dans la médecine de longévité.
Et comme elle vient d’être développée et brevetée sous forme isolée, elle s’arrache à des prix astronomiques (souvent plus de 100 euros la cure mensuelle pour des actifs brevetés comme Mitopure®).
L’engouement est tel que des fournisseurs de Shilajit ont commencé à revendiquer un apport naturel direct en urolithines à coups d’analyses chromatographiques (HPLC).
Sauf que vous, vous savez désormais que la présence d’urolithines dans un Shilajit doit tout à l’histoire biologique du site et aux passages répétés de la faune locale.
Sur ce marché du Shilajit qui devrait dépasser les 320 millions de dollars d’ici 2030 [13*], deux écoles s’affrontent en rayon :
- Les extraits purifiés en poudre : La recherche scientifique s’appuie généralement sur des actifs brevetés comme PrimaVie® [14, 15]. Son fabricant purifie et analyse spécifiquement la matière pour garantir une teneur constante en DiBenzo-α-Pyrones (qui contiennent les fameuses urolithines A et B).
Si l’étiquette d’un complément en poudre mentionne cet actif (ou un extrait équivalent dosé en DBP), vous avez au moins la preuve technique que la molécule est présente.
- Les résines traditionnelles : Ici, aucun brevet ne fait autorité, ce qui veut dire que l’on trouve le meilleur comme le pire. Une résine récoltée près d’un abri de marmottes contiendra des urolithines natives, tandis qu’une résine prélevée sur un flanc de montagne stérile n’en contiendra que des traces.
Pour la résine, seule une analyse de laboratoire indépendante, fournie par le vendeur pour le lot exact, permet de trancher (et encore, à condition que le site de récolte soit constant…).
Si l’emballage reste muet sur ces garanties, faites abstraction du décorum marketing.
Pour finir, rappelons qu’au Iᵉʳ siècle après J.-C., dans son De Materia Medica, Dioscoride mettait déjà en garde ses patients contre les marchands qui coupaient le bitume médicinal avec de la poix ordinaire pour simuler une résine d’exception.
Comme quoi, en deux mille ans, le marketing du Shilajit a surtout fait des progrès en packaging.
Que la force de la marmotte de l’Himalaya soit avec vous,
Thibaut Vernier Ingénieur et ethnobotaniste, rédacteur de la lettre des Médecines Sacrées.
Sources
[1] Cao, Y., Gu, R., Zhao, M.-M. et al. (2016). « Classics textual research and using situation investigation of Tibetan medicine « Zha-xun » ». Zhongguo Zhong Yao Za Zhi, 41(24):4663-4669. [2] Shah N.C. (2024) History of the Drug Shilajit from Ladakh and Kumaon: A Review, Innovative Research in Ayurvedic Sciences, Volume 4, Issue 1. [3] Vernier, T. Shilajit (Mumijo) : origines, distribution, convergences des usages traditionnels et avancées cliniques. Revue de littérature scientifique, mémoire SFE. [4] Schepetkin, I.A., Khlebnikov, A.I., Kwon, B.S. (2002). « Medical drugs from humus matter: Focus on mumie ». Drug Development Research, 57:140-159. [5] Ghosal, S., Lal, J., Singh, S.K. et al. (1991). « The core structure of shilajit humus ». Soil Biology and Biochemistry. [6] Espín, J.C., Larrosa, M., García-Conesa, M.T., Tomás-Barberán, F.A. (2013). « Biological Significance of Urolithins, the Gut Microbial Ellagic Acid-Derived Metabolites: The Evidence So Far ». Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2013:270418. [7] Tomás-Barberán, F.A., García-Villalba, R., González-Sarrías, A., Selma, M.V., Espín, J.C. (2014). « Ellagic acid metabolism by human gut microbiota: consistent observation of three urolithin phenotypes in intervention trials ». Journal of Agricultural and Food Chemistry, 62(28):6535-6538. [8] Islam, A., Ghosh, R., Banerjee, D., Nath, P., Mazumder, U.K., Ghosal, S. (2008). « Biotransformation of 3-hydroxydibenzo-α-pyrone into 3,8-dihydroxydibenzo-α-pyrone and aminoacyl conjugates by Aspergillus niger isolated from native « shilajit » ». Electronic Journal of Biotechnology, 11(3):1-10. [9] Ryu D, Mouchiroud L, Andreux PA, et al. Urolithin A induces mitophagy and prolongs lifespan in C. elegans and increases muscle function in rodents. Nat Med. 2016;22(8):879-888. [10] Andreux, P.A., Blanco-Bose, W., Ryu, D. et al. (2019). « The mitophagy activator urolithin A is safe and induces a molecular signature of improved mitochondrial and cellular health in humans ». Nature Metabolism, 1(6):595-603. [11] Singh, A., D’Amico, D., Andreux, P.A. et al. (2022). « Urolithin A improves muscle strength, exercise performance, and biomarkers of mitochondrial health in a randomized trial in middle-aged adults ». Cell Reports Medicine, 3(5):100633. NCT03464500. [12] Zhao, H., Zhu, H., Yun, H., Liu, J., Song, G., Teng, J., … Liu, C. (2024). Assessment of Urolithin A effects on muscle endurance, strength, inflammation, oxidative stress, and protein metabolism in male athletes with resistance training: an 8-week randomized, double-blind, placebo-controlled study. Journal of the International Society of Sports Nutrition, 21(1). [13] Grand View Research (2024). Shilajit Market Size, Share & Trends Analysis Report By Form, By Application, By Region, And Segment Forecasts 2024 – 2030. [14] Pandit S, Biswas S, Jana U, De RK, Mukhopadhyay SC, Biswas TK. Clinical evaluation of purified Shilajit on testosterone levels in healthy volunteers. Andrologia. 2016;48(5):570-575. [15] Ghosal, S. (2006). Shilajit in Perspective. Narosa Publishing House / Indian Herbs.


oú trouver des urolithines vraies en pharmacie, par net ou en aliments consommables? A 90 ans? Merci
Bonjour et Merci pour les informations que vous donnez, mention spéciale pour la précision indiquant que l’une des études les plus « parlante » a été effectuée par le Laboratoire AZAMENTIS qui commercialise lui-même ce produit… et en précisant que l’extension des tests sur des athlètes a quand même confirmé ces résultats. Bibliographie fournie et vos explications les rendant compréhensibles . Cependant, je suis quand même un peu perdue quant à savoir où commander du Shilajit de bonne qualité et j’aurais aimé savoir s’il y avait des contre-indications connues à son utilisation.
Pour autant, Merci pour votre travail. Portez-vous bien ! Cordialement
bjr Thibault, intéressante déductions sur le shilajit et son contenant en urolithine . Donc 1) déjà , sympathiques les marmottes .. 2) le shilajit en poudre peut être utile contre toute inflammation puisqu il contient de l urolithine et baisse la. CRP . 3). J ai raison de manger beaucoup de noix ( j ai un noyer) mais aussi de temps à autre des grenades , qui contiennent des précurseurs de l urolithine. Merci pour vos explications. Marcelle Astor 😼🤔🐺
Infos très intéressantes, merci Thibaud !
Extrêmement intéressant !
En stricte continuité, peut-on savoir quels fournisseurs seraient capables de fournir le shilajit le plus riche en DPB ?
Certes, vous avez des contraintes de neutralité compréhensibles, mais comment choisir ?
Continuez en tout cas vos recherches ! Bravo !
J.DULAC
Ces urolithines m’inspirent pour préparer un projet de recherche sur les tumeurs solides
Vos informations sont très intéressantes mais qu’en est -il de leurs activités biologiques métaboliques et chimiques ?
Y aurait il des articles qui parlent de ça ?
Merci infiniment
Où peut-on se la procurer et à qu,el prix ?
cette lettre m,a captivè supper merci
Bonjou et merci bcp pour cet article sur le shijatic,je sais que je ne l’achèterais plus n’i porte comment, je ferais plus attention mais ce n’est pas évident de trouver le bon fournisseur, pourriez vous svp m’en donnez le ou les noms de fournisseur à qui on pourrait faire confiance.
Gratitude infinie pour cet article et tout ce que je reçois dans votre newsletter.
Fatima
toujours la même chose bissnes bissnes bissnes ! ! ! au secours